C’est au ciel que je rejoindrai ma fille

"Mes enfants ne seront pas les miens, mais ce seront tes enfants, des enfants que tu auras bien voulu me confier"... je ne savais pas que cette prière, faite un soir au fond de mon lit à l’âge de 17 ans, serait prise au mot par Dieu
Catherine nous partage l’épreuve de foi par laquelle elle est passée lorsque seulement quelques jours avant de venir au monde, leur fille a rejoint Dieu. Bien que ça soit un retour sur des événements douloureux Catherine nous ouvre son cœur et nous fait découvrir comment elle a vécu ces moments et comment sa foi en Dieu l’a aidée à passer au travers de ce drame.


 

J’ai accepté Dieu dans ma vie à 14 ans. Tout de suite, j’ai appris à lui faire confiance. Quand je suis tombée enceinte de Séphora, Vincent et moi avions déjà deux enfants : Naomi (3 ans et demi) et Ruben (20 mois). Vincent voulait 4 enfants et moi 3. Nous menions une vie tranquille avec le Seigneur.

Un pressentiment
En 1995, nous étions trois femmes de l’église à attendre un enfant et à devoir accoucher plus ou moins à la même période. À partir du mois de novembre, j’ai commencé à penser : « Si l’une d’entre nous perdait son bébé, comment réagiraient les autres ? ».
Quand ce fut la date d’accouchement pour la première, au mois de décembre, et qu’elle tardait à avoir son bébé, je me suis dit que c’était elle qui allait le perdre. Mais une petite Célestine vint au monde en bonne santé. Je me suis donc dit que ce serait une épreuve vécue par l’autre femme. Cependant, une autre petite fille vint au monde, pour la plus grande joie de ses parents (et de la nôtre aussi). Puisqu’aucune des deux n’avait été face à la perte de son enfant, je me suis dit que c’était une idée qui m’avait traversé l’esprit comme ça. Evidemment, cela ne pouvait arriver qu’aux autres… pas à moi !

Le monde s’effondre
Un dimanche matin, j’ai senti Séphora bouger particulièrement fort. Comme toute future maman, j’ai caressé mon ventre en disant à bébé qu’il était trop tôt pour naître. Je ne savais pas, à ce moment-là, que le double nœud dans son cordon ombilical se resserrait et que, bientôt, tout serait fini ou plutôt que tout commencerait pour elle, une vie auprès de Dieu… et pour moi, une vie sans elle.
Prise par mon grand nettoyage d’avant-accouchement, je n’ai pas remarqué que ça faisait quelques jours que je ne faisais plus sentir le bébé à Vincent. Le jeudi, je lui fis la remarque. Du coup, j’ai appelé le médecin pour lui en parler, mais aussi pour qu’il me rassure et me dise que tout était normal. Il m’a conseillé de m’allonger dans une certaine position pour faire bouger Séphora… mais rien. Elle ne bougeait pas. J’ai donc rappelé le médecin qui m’a fait venir à son cabinet pour faire une échographie d’urgence. En toute hâte, Vincent, les enfants et moi nous y sommes rendus. Là, le monde s’est écroulé quand le médecin nous a dit qu’il n’y avait effectivement plus aucune activité cardiaque. Je n’ai pas compris tout de suite, mais vu l’air du docteur et la phrase « Je vous laisse quelques instants », j’ai compris que je n’avais plus de bébé. Les larmes sont alors montées et la première chose que j’ai réussi à dire était « Merci Seigneur ».

Un ami pour faire face à l’épreuve
Après un accouchement des plus classiques, j’ai pu tenir ce bébé qui paraissait endormi dans les bras. Je ne réalisais pas encore que jamais plus je ne pourrais la tenir.
Quand je suis rentrée à la maison, je me suis retrouvée face à cette perte. Et c’est là que j’ai commencé à connaître celui qui deviendrait mon meilleur ami, le Saint-Esprit. Pendant des mois, j’ai ressenti quelque chose que je ne connaissais pas : la consolation du Saint-Esprit. Malgré le fait que je pleurais la perte de cet enfant, je ressentais les bras de Dieu autour de moi. Je me sentais consolée par le Saint-Esprit, portée par l’amour de Dieu. J’avais comme l’impression d’être dans une bulle et d’être entourée d’un amour que seul Dieu put donner. Je ne lui ai jamais reproché d’avoir repris cet enfant, mais j’ai appris à le remercier parce qu’il me l’avait confié pendant 8 mois et demi.et parce que j’avais eu le privilège de la connaître. Elle ferait partie de ma vie tant que je vivrai.
Je ne dis pas que tout a été facile avec cette perte. Chaque année, à partir du mois de novembre jusqu’au 19 janvier (date à laquelle Séphora est née), je faisais ce que j’appelle une déprime annuelle. C’était une période où je pleurais en cachette parce que c’était ma douleur et ma relation personnelle avec Dieu, et non celle de ma famille. Année après année, je sentais le Saint-Esprit faire son travail de consolation.
Des années après, j’ai été guérie de cette déprime annuelle. Je ne dis pas que je ne pleure plus ce jour-là. Je pleure toujours et je crois que je pleurerais toujours, mais Dieu sera toujours là et le Saint-Esprit prêt à me consoler.

Un enfant n’est pas un autre
4 mois après ce drame, je suis tombée enceinte d’Ophélie. Je n’ai pas voulu d’un autre enfant pour combler la perte de ma fille. Dans notre famille, chaque enfant a sa place et aucun enfant ne prend la place d’un autre, tout simplement parce que chaque enfant est unique.
Avec Vincent, nous avons vécu cette épreuve de façon différente. Je crois qu’il a été protégé de la douleur que peut créer la perte d’un enfant. Dieu agissait pour lui comme un bouclier. Il a aussi été entouré de tout l’amour que Dieu peut nous donner. Quant aux enfants, ils étaient petits pour vraiment réaliser ce qu’il s’était passé. Bien sûr, ils sentaient qu’il se passait quelque chose, mais là aussi, Dieu nous a bénis parce qu’ils n’ont été affectés que légèrement par cette épreuve.

Je remercie Dieu
La raison pour laquelle j’ai aussi pu remercier Dieu dans cette épreuve est le fait que je sais où est Séphora. Pour ma part, je trouve qu’il y a encore pire que de perdre un enfant, c’est de ne pas savoir s’il est avec Dieu ou non. Je ne sais pas si Séphora aurait vécu ou marché avec Dieu ni ce qu’il lui serait arrivé. J’ai toujours remercié Dieu du fait de l’avoir reprise si jeune, qu’elle n’est pas été victime de choses abominables comme le sont certains enfants. Une autre chose que je ne voulais pas était que Séphora tombe dans l’oubli. Les gens me connaissent comme étant la maman de 3 enfants. Certaines personnes m’ont connu pendant cette épreuve. Ce qui me faisait mal, c’était de penser que, des années plus tard, plus personne ne se souviendrait d’elle, qu’elle tomberait dans l’oubli. Là encore, Dieu agit parce qu’au travers de mon témoignage, on se souvient et on connaît Séphora.

Ma vie d’aujourd’hui
Mis à part que je remercie toujours Dieu pour cet enfant que je n’ai pas mais qui est auprès de lui, cette épreuve m’a fait grandir dans ma relation avec Dieu. Je ne regrette pas d’avoir fait en toute innocence cette prière ce soir-là. Si c’était à refaire, en sachant que Dieu me reprendrait ce qu’il m’avait confié, je referais la même prière. J’ai demandé au début : « Pourquoi Seigneur me l’avoir confiée pour si peu de temps ? », mais je n’ai pas eu de réponse. Alors, tout simplement, j’attends parce que je n’ai pas besoin de comprendre le pourquoi du comment. Je sais qu’un jour j’aurai la réponse à ma question.

A ceux qui ont connu cette épreuve
« Rien ne me séparera de l’amour de Dieu ». Malgré cette épreuve, j’ai appris à faire confiance à Dieu. Si j’avais un mot à dire à ceux qui ont perdu un enfant comme moi plus tôt ou tard dans la grossesse, à tous les parents qui ont tant attendu ces enfants qui ne sont jamais venus, ce serait qu’un jour, nous comprendrons pourquoi nous avons dû traverser cette épreuve. Encore aujourd’hui, je donne tout à Dieu parce que, même s’il prend quelque chose qui nous est cher ; il nous donne au centuple. Chaque enfant est unique et chaque enfant a le droit d’être pleuré par ses parents. Le soir de cette prière, je n’ai pas donné que mes enfants à Dieu, mais aussi toute la tristesse qui allait avec. Encore aujourd’hui, je donne tout et pas que le meilleur de ma vie, mais aussi mes pleurs, ma tristesse, ma douleur, le manque de cet enfant. Mais qu’il est bon, en contrepartie, de se laisser aimer et chérir par Dieu. Alors, n’ayons pas peur de tout donner à Dieu car tout ce qu’il fait est bon.